À Saint-Yvi, des statues de la chapelle de Locmaria vont être restaurées
Une partie des statues de la chapelle de Locmaria-an-Hent ont été emportées, jeudi 8 juin 2023, par l’Atelier régional de restauration, pour une remise en beauté.

René Altero, adjoint au patrimoine, et Annie Salaün, présidente de l’association de la chapelle de Locmaria, avec, au centre, Gilles Mantoux, restaurateur, et Yolande Le Bouëdec, coordinatrice de l’Atelier régional de restauration. | OUEST-FRANCE
La chapelle Locmaria-an-Hent, à Saint-Yvi (Finistère), a été vidée d’une partie de ses statues, jeudi 8 juin 2023. Yolande Le Bouëdec, coordinatrice de l’Atelier régional de restauration de Bignan (Morbihan), et l’un des restaurateurs, Gilles Mantoux, sont venus les chercher pour leur prodiguer tous les soins nécessaires.
Avec l’aide des services techniques de la municipalité, ils ont descendu de leurs piédestaux les statues de saint Roch, saint Sébastien, saint Fiacre, saint Diboan, saint-Herbot et le saint Symphorien, ainsi que la pietà.
Plusieurs phases
Certaines statues ont déjà été restaurées, il y a quelques années , mais toutes repartiront pour vérifier la présence ou non de xylophages (insectes qui se nourrissent de bois) et de champignons », indique Maryse Lagorce, secrétaire de l’association de la chapelle de Locmaria .
René Altero, adjoint au patrimoine, indique que l’enlèvement de ces statues anciennes, qui appartiennent toutes au mobilier classé, se fera en deux phases. Une troisième concernera la restauration des retables, mais c’est un autre dossier, en cours d’étude.
Un coût de 58 284 euros
La restauration des statues est prévue de longue date et fait l’objet d’un financement par l’État, via la Drac (direction régionale des affaires culturelles) pour 14 571 € (soit 25 % du coût) et d’un financement de la Région Bretagne pour 12 393 € (soit 21,26 % du coût). Une demande de subvention est en cours d’instruction par le conseil départemental du Finistère pour 15 000 € (soit 25,74 % du coût). L’ensemble de l’intervention s’élève à 58 284 € HT.
Dans l’Atelier régional de restauration, au domaine de Kerguehennec, les statues seront examinées, désinfectées, consolidées et restaurées dans les règles de l’art. La chapelle de Locmaria retrouvera alors sa pietà, ainsi que les statues de saint Roch, le pèlerin thaumaturge ; saint Sébastien, percé de flèches, patron des archers et des policiers ; saint Fiacre, le patron des jardiniers et des taxis ; saint Diboan, le guérisseur ; saint Herbot, protecteur des chevaux ; et saint Symphorien, à la tête coupée, souvent prié contre la sécheresse.
Ouest-France 12/06/2023
Reportage. Les statues de Locmaria à Saint-Yvi reprennent enfin vie
Très abîmées, les statues de la chapelle de Locmaria, à Saint-Yvi (Finistère), vivent une convalescence heureuse. Enlevées le 8 juin dernier pour rejoindre l’Atelier Régional de Restauration dans le Morbihan, elles y font l’objet de soins intensifs. Annie Salaün, Maryse Lagorce et Jean-Marie Liard, du bureau de l’association de la chapelle de Locmaria, sont allés leur rendre visite.

Dans l’Atelier Régional de Restauration, Marie-Cécile Cusson et Gilles Mantoux ont en charge les soins aux statues de Locmaria.
Au centre de la pièce où travaille Gilles Mantoux, l’un des restaurateurs de l’Atelier Régional de Restauration installé à Bignan dans le Morbihan, gisent Saint-Michel et son dragon, objets de toutes les attentions. Les statues de la chapelle de Locmaria de Saint-Yvi (Finistère) y subissent en effet une restauration minutieuse en raison de leur mauvais état.
L’arrière de la statue était très vermoulu, c’était une mauvaise surprise ! Par endroits ce n’était même plus du bois, juste un agglomérat d’excréments d’insectes xylophages , annonce-t-il en tendant un bocal empli de ces déchets ! J’ai purgé jusqu’à 5 à 7 centimètres. Après traitement par injection ou badigeon contre les insectes, le restaurateur effectue une consolidation : J’indure avec une résine acrylique qui pénètre dans le bois et le durcit . Vient ensuite le travail de comblement, avec une résine époxy tendre comme un bois de tilleul, de manière à ne pas créer de tensions en séchant, et à pouvoir être aisément sculptée si besoin. Cette résine, rose, est ensuite teintée au plus près des couleurs qui l’entourent.

Saint-Thybon et Saint-Roch ont retrouvé des couleurs ; Saint-Fiacre patiente
Au fil du temps, les statues ont parfois été repeintes et possèdent alors plusieurs strates de peinture. Une étude stratigraphique permet d’estimer la quantité de niveaux et leur qualité, et l’on essaie de voir celle qu’il est préférable de conserver , explique Marie-Cécile Cusson, qui a reconstitué avec beaucoup de patience et minutie le décor de Saint-Thybon. J’avais tous les indices, toutes les petites écailles de peinture : dès que je voyais un peu de peinture je pouvais comprendre et compléter la peinture absente. Elle a ainsi redonné des couleurs à Saint-Roch et Saint-Hurlou.

Les motifs de l’armure de Saint-Symphorien sont de nouveau visibles. La DRAC n’a pas retenu d’étude stratigraphique mais les restaurateurs ont pu observer qu’il existe plusieurs couches de peinture
Parfois, un bon nettoyage pour enlever les blanchiments, et un peu de peinture uniquement sur les reprises de résine suffisent à redonner de la visibilité à une statue. C’est le cas pour celle de Saint-Symphorien : On ne voyait presque plus les motifs de son armure , se souvient Gilles Mantoux qui a bichonné le Saint à la tête coupée. En revanche, on laisse les lacunes, on ne les repeint pas, pour conserver le caractère ancien de la statue.
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Que faut-il faire du chapeau de Saint-Isidore ?
Le restaurateur revient à Saint-Michel et à la niche dans laquelle il se trouvait : elle était déstructurée, très fragilisée. Je l’ai consolidée par reprise de résine, j’ai comblé les espaces entre planches avec du balsa, refait des moulures qui étaient mangées par les insectes et brûlées, sans doute par des cierges. Les assemblages ont été faits avec des vis inox. Gilles Mantoux sourit : toujours des vis inox ! Car les bois à tanin, comme le châtaignier ou le chêne attaquent l’acier !
Quant à la chaîne du dragon et de la niche, elle a été soigneusement brossée et traitée contre la corrosion. C’est un beau travail de ferronnerie, mais elle est très abîmée, des maillons manquent : je vais fabriquer un maillon en résine et on laissera la chaîne en décoration, mais on fera un autre système d’attache pour sécuriser !
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Pour Saint-Michel et son dragon, il était temps d’agir !
Saint-Fiacre, Saint-Sébastien, ont fait l’objet de premiers soins. Au milieu des autres statues, l’immense Saint-Isidore attend son tour… Les fentes seront comblées avec du balsa , indique avec assurance Gilles Mantoux, mais en ce qui concerne le chapeau, faut-il le combler ? Le laisser comme il est ? J’en parlerai avec le conservateur. Et de lancer en boutade Ou alors on met le sujet en débat auprès de la population de Saint-Yvi !
Ouest-France 21/09/2023
La chapelle de cette petite commune bretonne a retrouvé ses statues vieilles de plusieurs siècles
Les statues de Locmaria-an-Hent, à Saint-Yvi (Finistère) ont regagné leur chapelle ce mardi 16 juillet 2024, après quelques mois passés dans l’Atelier Régional de Restauration, à Bignan (Morbihan).

Saint Isidore dans ses beaux habits (c’est une originalité qu’il ne soit pas en costume religieux), entouré du maire Guy Pagnard, du prêtre Gustave Hervé, dit Gusti, de Yolande Bouëdec et Gilles Mantoux de l’Atelier Régional de Restauration, d’Annie Salaün, Maryse Lagorce et Alain Le Métayer, de l’association de Locmaria-an-Hent. | OUEST-FRANCE
Gilles Mantoux, restaurateur d’œuvres sculptées, et Yolande Le Bouëdec, coordinatrice de l’Atelier Régional de Restauration, étaient très attendus ce mardi matin, 16 juillet 2024, dans la chapelle de Locamaria-an-Hent à Saint-Yvi (Finistère). Ils rapportaient sept magnifiques statues de la chapelle, de Bignan (Morbihan), où elles ont fait l’objet de soins pendant quelques mois. Après quatre autres déjà restituées à l’automne dernier, Locmaria a retrouvé sa statuaire, qui avait été enlevée en juin 2023.

Guy Pagnard le maire et Maryse Lagorce, de l’association Locmaria-an-Hent, ont aidé les restaurateurs au déchargement des statues les plus lourdes
Nous les avons nettoyées, pour certaines un traitement contre les insectes a été effectué, il a parfois fallu opérer des comblements structurels par ajout de matière. Nous avons également refixé la polychromie et protégé l’ensemble des œuvres », témoigne Gilles Mantoux, heureux du résultat.
« La restauration n’est pas une évidence »
La restauration n’est pas une évidence : il y a toujours un choix à faire , rappelle Yolande Le Bouëdec. Le Père Gusti, prêtre dans la chapelle et qui s’occupe du patrimoine dans le diocèse, explique en effet qu’il y a toujours débat entre ceux qui veulent conserver les objets en l’état et ceux qui veulent essayer de retrouver l’état d’origine . Lui s’est battu pour que le chapeau de Saint-Isidore, dont il manquait un morceau mangé par les vers, soit reconstitué. Il est magnifique dans son costume breton bourgeois de la fin XVIIIe. Il aurait été indécent qu’il sorte avec un chapeau abîmé ! Le conservateur du patrimoine pour la DRAC (Direction régionale des Affaires culturelles) de Bretagne, Xavier de Saint-Chamas, s’est laissé convaincre. Saint Isidore peut pavoiser.

Le Père Gustave Hervé, surnommé Gusti, a argumenté en faveur de la réfection complète du chapeau de Saint Isidore, dont il manquait un morceau.
Le maire Guy Pagnard s’est réjoui que les statues soient enfin restaurées. Nous avons rédigé le cahier des charges pour les études de rénovation en juillet 2020, lancé les consultations en avril 2021, choisi l’Atelier Régional de Restauration en juillet 2022. Puis il a fallu attendre que les demandes de subventions soient effectuées auprès de la DRAC, de la Région et du Département pour confier les statues à l’atelier, en juin 2023. Enfin, les voilà !
Le coût total de ces restaurations, études comprises, s’élève à 59 800 € HT. Les subventions, cumulées, en prennent en charge 72 %. Des études vont maintenant être menées pour la restauration du mobilier, notamment du retable.
Ouest-France 18/07/2024
Saint-Yvi. « Elles ont des couleurs qu’on ne soupçonnait pas » : les statues de la chapelle rénovées
Des statues toutes neuves… Ou presque ! La chapelle de Locmaria, à Saint-Yvi (Finistère), a inauguré ses statues, entièrement rénovées, vendredi 20 septembre 2024. L’aboutissement de plusieurs mois de travail au sein d’un édifice classé aux monuments historiques.

Gilles Mantoux, de l’Atelier régional de restauration, le maire Guy Pagnard, la présidente de l’association de la chapelle de Locmaria, Annie Salaün, Xavier de Saint-Chamas, conservateur des monuments historiques et René Altero, adjoint à la vie culturelle
Les statues ont retrouvé des couleurs qu’on ne soupçonnait pas ! , s’émerveille Céline Saad, directrice générale des services de la municipalité. Je suis heureux de ce résultat ! Cette chapelle représente tellement d’un point de vue historique , ajoute Gustave Hervé, prêtre et ancien responsable de la sauvegarde du patrimoine dans le diocèse. Dans la chapelle de Locmaria-an-Hent à Saint-Yvi (Finistère), vendredi 20 septembre 2024, chacun célébrait la beauté retrouvée des statues de l’édifice, entièrement rénovées.

Une restauration en trois étapes
Gilles Mantoux, l’un des restaurateurs de l’Atelier régional de restauration, qui a donné une seconde jeunesse aux statues, a exposé les grandes lignes de son travail. Un premier volet concerne la conservation : nous intervenons sur les potentielles causes de dégradation, parmi lesquelles les insectes xylophages. Le second volet concerne la restauration, qui a un impact sur l’aspect visuel : on dépoussière, on nettoie, mais on ne repeint surtout pas, on refixe la polychromie qui au fil du temps se décolle. Parfois, on procède à des comblements. Les choix sont déterminés en fonction de l’œuvre. Par exemple, pour Saint Isidore, quelques lacunes ont été conservées mais, in fine, le chapeau détérioré a pu être comblé !

Guy Pagnard, Annie Salaün, Gilles Mantoux et Xavier de Saint-Chamas, aux pieds de Saint Isidore
Le « chouchou » Saint Isidore et son beau chapeau
Ce n’était pas le projet initial mais le Père Gustave Hervé, féru d’art, avait plaidé sa cause auprès de Xavier de Saint-Chamas : quand il sortira avec son beau costume tout neuf, que dira-t-on s’il porte un chapeau miteux ? Isidore en porte désormais un tout beau et accueille avec fastes les visiteurs à l’entrée de la chapelle. C’est notre chouchou ! avoue dans un grand sourire Annie Salaün, présidente de l’association de la chapelle de Locmaria.
L’ensemble des étapes de la restauration a été supervisé par Xavier de Saint-Chamas, conservateur des monuments historiques à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Bretagne. Il a remercié la commune pour sa volonté d’agir sur ce patrimoine, ainsi que l’association de la chapelle, qui s’est fortement impliquée dans cette aventure.
Cet édifice, classé au titre des monuments historiques, a une authenticité élevée. Proposer une restauration globale, qui a un sens, permet à chacun de retrouver la compréhension des différentes structures. Notre rôle, en tant que service de l’État, est d’accompagner la volonté qui existe sur le terrain, d’être des facilitateurs pour les projets revêtus d’un intérêt patrimonial.
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Saint Isidore dans ses habits neufs et son beau chapeau
1 500 visiteurs cet été
Après avoir remercié les bénévoles de l’association de la chapelle, le maire Guy Pagnard a rappelé que « les statues ont été remises en place avant l’été pour que chacun puisse les admirer pendant les vacances. » 1 500 visiteurs ont ainsi pu apprécier la restauration des statues, dans la chapelle ouverte tous les après-midi grâce à une vingtaine de bénévoles.
Le maire a tenu à souligner qu’avec les subventions de l’État, de la Région Bretagne et du Conseil départemental, auxquelles il faut ajouter le don de 2 000 € qui va être effectué par l’association de la chapelle de Locmaria, le reste à charge de la mairie est d’environ 25 %. « La municipalité pourra ainsi réinvestir ce qu’il reste de la part communale initialement prévue sur la suite de l’opération. » L’atelier Régional de Restauration est en train d’achever son étude sur la restauration du mobilier de la chapelle, notamment le maître-autel et les deux autels latéraux.
Ouest-France 23/09/2024